Je crois y échapper. Naïvement, tranquillement.
Mais tu parles, tout ça reste toujours dans un coin de ma tête & finit par remonter complètement à la surface. D'abord, cette angoisse qui me tord le ventre. Ensuite, ce poids qui m'oppresse la poitrine. Enfin, cette peur qui me fait étouffer. Cette peur de ne jamais avancer, & de toujours rester celle que je suis. Une fille craintive & faible, qui a constamment peur qu'on la laisse tomber. Celle qui se rend compte que son sourire factice convient tellement aux gens. & celle qui peut passer des heures à se faire souffrir volontairement. Volontairement, mais sans lame, sans cicatrices & sans somnifères. La pire des souffrances est intérieure, surement pas physique. En ce qu'elle est cachée de la vue de tous, & en ce qu'elle privilégie une dégradation lente & douce, donc autrement plus cruelle. Je n'ai jamais envisagé une autre souffrance que celle-ci. Celle qui me pousse à me rappeler, à regarder des anciennes photos, à imaginer comme les choses auraient pu être différentes si seulement.. Non, jamais je n'ai envisagé la souffrance physique. Pourtant, dans mon bain, je me suis demandé ce que cela pouvait faire, de rester sous l'eau, & de ne plus remonter à la surface. J'ai écouté attentivement le silence, j'ai fermé les yeux, doucement. J'ai trouvé ça reposant, apaisant. & puis, sans crier gare, mes pensées m'ont assaillie à nouveau. A qui je manquerai ? Pour combien de temps ? Pourquoi Lui ? & pourquoi pas Lui ? Ils s'en foutent, tous, tous.. Mon corps s'est contracté, j'ai basculé hors de l'eau. Je tremblais, mes oreilles sifflaient. Je fixait le carrelage blanc, intensément. Ma poitrine se soulevait au rythme de ma respiration, saccadée. Je me suis mise à pleurer, en silence toujours. Avec cette unique phrase en tête, comme un constat ironique :
Tout cela ne s'arrêtera jamais.